Insuffisance rénale aiguë chez le Chat : Comprendre, Agir, Sauver

L’insuffisance rénale aiguë ou IRA est un syndrome clinique dans lequel une perte soudaine et rapide de la fonction rénale empêche les reins de filtrer correctement les déchets, d’équilibrer les électrolytes et de réguler l’hydratation. Contrairement aux maladies rénales chroniques, l’IRA peut être réversible si elle est diagnostiquée et prise en charge à temps.

 

BASILE, David P., ANDERSON, Melissa D., et SUTTON, Timothy A. Pathophysiology of acute kidney injury. Comprehensive Physiology, 2012, vol. 2, no 2, p. 1303.

Quelles en sont les causes ?

L’hypoperfusion

L’hypoperfusion, c’est-à-dire une diminution du flux sanguin vers les reins, est une autre cause fréquente d’insuffisance rénale aiguë chez le chat. Elle peut survenir en cas de déshydratation sévère, d’état de choc, d’anesthésie prolongée ou de troubles cardiovasculaires.

Les intoxications

L’intoxication est la cause la plus fréquente d’insuffisance rénale aiguë chez le chat. Animal naturellement curieux, il est particulièrement sensible à de nombreuses substances néphrotoxiques :

  • Antigel (éthylène glycol) : Une ingestion même minime est extrêmement toxique.
  • Plantes toxiques : Le lys (toutes les variétés, y compris le lys de Pâques) est l’une des plantes les plus dangereuses pour les chats mais aussi le raisin.
  • Médicaments néphrotoxiques : Certains AINS (ibuprofène, aspirine), antibiotiques (par exemple les aminosides).
  • Produits chimiques : Pesticides, désinfectants, métaux lourds.

Les atteintes du parenchyme rénal

Les infections

La pyélonéphrite : c’est une infection bactérienne des reins, souvent secondaire à une infection des voies urinaires inférieures remontant vers les reins. Si elle n’est pas traitée rapidement, la pyélonéphrite peut entraîner des lésions rénales irréversibles et une insuffisance rénale sévère

La Leptospirose : c’est une infection bactérienne causée par des spirochètes du genre Leptospira. Bien que les chats soient généralement moins sensibles à cette maladie que les chiens, ils peuvent tout de même être porteurs ou infectés. La contamination se fait principalement par contact avec de l’eau, du sol ou des aliments souillés par l’urine d’animaux infectés.

Les atteintes inflammatoires ou immunitaires

Glomérulonéphrite : Cette maladie rénale inflammatoire affecte les glomérules, qui sont des filtres dans les reins. L’inflammation des glomérules perturbe leur capacité à filtrer efficacement les déchets et les toxines, ce qui peut entraîner une accumulation de ces substances dans le corps. Si cette condition devient suffisamment grave, elle peut conduire à une insuffisance rénale aiguë, nécessitant une prise en charge rapide pour éviter des dommages irréversibles. .

Néphrite interstitielle : c’est une inflammation du tissu interstitiel des reins, qui soutient et relie les différentes structures rénales, notamment les néphrons. Cette condition peut être causée par des infections, des toxines, des maladies auto-immunes ou des réactions inflammatoires prolongées. Elle peut affecter la capacité des reins à filtrer les déchets et à maintenir l’équilibre des fluides et des électrolytes, menant ainsi à des problèmes rénaux plus graves.

Les lésions vasculaires

Toute atteinte vasculaire du parenchyme rénal peut être à l’origine d’une insuffisance rénale aiguë : thrombose, vasculite, hémorragie …

Les traumatismes

L’insuffisance rénale aiguë (IRA) chez le chat peut être provoquée par divers traumatismes physiques susceptibles de perturber le fonctionnement des reins. Parmi les causes les plus fréquentes, on retrouve les accidents de la voie publique, où le chat peut subir des blessures internes graves, y compris des contusions rénales ou une rupture des structures environnantes. Les chutes d’une grande hauteur, fréquentes chez les chats vivant en appartement, peuvent également entraîner des lésions directes sur les reins ou provoquer une baisse soudaine du débit sanguin rénal, compromettant leur fonctionnement. De même, un coup violent, qu’il soit accidentel (par exemple, un objet tombant) ou résultant d’une agression, peut causer une inflammation, des hémorragies ou même une destruction partielle des tissus rénaux.

On le voit bien en parcourant ces différentes causes :  l’insuffisance rénale aiguë est un syndrome clinique, conséquence d’une lésion rénale aiguë (LRA). L’azotémie peut avoir une ou plusieurs origines. 

Par exemple dans le cas des traumatismes précédemment décrits : le chat victime d’un accident de la voie publique peut voir son azotémie augmenter du fait de l’état de choc, de l’hypotension associée à une hémorragie importante et peut également avoir des lésions rénales parenchymateuses dûes à la violence du choc sur l’organe en lui même.

Quels symptômes peut-on rencontrer ?

Les signes cliniques d’une insuffisance rénale aiguë (IRA) chez le chat peuvent varier en fonction de la gravité de la condition, mais plusieurs symptômes clés peuvent alerter les propriétaires. Le chat peut présenter une léthargie marquée, se montrant moins actif, passant plus de temps à dormir ou à s’isoler. Une dysorexie (diminution de l’appétit) ou une anorexie complète (refus de manger) est fréquente, souvent accompagnée de nausées ou d’un ptyalisme (salivation excessive).

Les vomissements sont également courants, signalant une détresse digestive souvent associée à l’accumulation de toxines dans le sang. Une déshydratation peut s’installer rapidement, perceptible par des signes tels qu’une peau moins élastique ou des gencives sèches. Une perte de poids peut survenir en quelques jours si la condition persiste. Par ailleurs, l’halitose (mauvaise haleine) et la présence d’ulcères buccaux sont des indicateurs fréquents d’une accumulation de toxines urémiques, un symptôme typique des atteintes rénales.

Ces signes, bien qu’ils puissent parfois sembler anodins, doivent être pris très au sérieux. Une consultation vétérinaire rapide est essentielle pour diagnostiquer l’IRA et mettre en place un traitement adapté avant que les dommages ne deviennent irréversibles.

Quelles sont les étapes diagnostiques  ?

Plusieurs analyses et examens permettent de suspecter puis confirmer une insuffisance rénale aiguë. La suite de la démarche vise à identifier l’origine de cette la lésion rénale aigue. Il est malnheureusement fréquent que la cause intiale reste inconnue. 

Biochimie : Elle permet de mettre en évidence l’azotémie mais également de rechercher les complications ou atteintes d’autres organes. 

Numération formule sanguine (NFS) : des signes d’inflammation, comme une leucocytose (augmentation du nombre de globules blancs), peuvent refléter une réponse immunitaire à un phénomène infectieux. 

Analyse urinaire complète : Elle permet de détecter la présence de marqueurs lésionnels, de rechercher des signes d’infection…

Imagerie: Ils permettent d’évaluer l’architecture rénale, d’observer les éventuelles dilatations, lithiases, signes d’inflammation…

Après ces premières étapes, des analyses sérologiques, PCR ou toxicologiques peuvent être envoyées en laboratoire

La prise en charge

Une IRA peut entraîner une déshydratation plus ou moins sévère. La fluidothérapie adaptée va permettre de restaurer la volémie, réhydrater l’animal et limiter les déséquilibres électrolytiques.

Une réalimentation précoce par sonde est recommandée en cas d’anorexie prolongée, afin de couvrir les besoins nutritionnels quotidiens du chat et de prévenir les complications secondaires liées à cette perte d’appétit.

Une prise en charge des symptômes et complications liés à l’azotémie est essentielle pour atténuer, par exemple, les nausées, gérer la douleur, contribuant ainsi à améliorer le confort du patient tout au long de son hospitalisation.

Dans cette prise en charge, l’hémodialyse joue un rôle majeur dans les cas d’insuffisance rénale aiguë compliquée ou d’insuffisance rénale aiguë ne répondant pas à la prise en charge médicale conventionnelle.

Le recours à ces thérapies d’épuration extra-rénales est recommandé en cas :

  • D’hyperkaliémie persistante
  • D’acidose métabolique sévère et persistante
  • D’oligo-anurie
  • D’encéphalose urémique
  • De persistance ou d’aggravation de l’azotémie et des désordres cliniques après 48 à 72h de prise en charge conventionnelle adaptée.

Vous vous demandez si votre chat ou le chat que vous avez en hospitalisation est candidat à une prise en charge par hémodialyse ? Contactez nous au 05 54 54 91 14 ou par mail

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